Budapest: le petit Paris de l’Est.

Publié le 7 Mars 2016

 

 

 

Comment surnomme-t-on la capitale de la Hongrie ? Quel passé l’a forgée ? Qu’est-ce qu’on y mange et boit de bon ? Moi non plus, je n’aurais su que répondre avant d’y mettre les pieds. J’ai alors compris pourquoi la Perle du Danube (réponse à la première question) fascine autant. Pourtant, on ne songe pas spon­tanément à aller là-bas pour des vacances. Peut-être parce que le pays, pris en étau entre la Slovénie, l’Autriche, la Slovaquie, l’Ukraine, la Roumanie, la Serbie et la Croatie, se trouve bien loin des mers et des grandes villes d’Occident.

Il s’y passe quelque chose d’effervescent. Un vent de jeunesse qui contraste avec le climat de morosité qui y a régné pendant les 40 ans de régime communiste, de la Seconde Guerre mondiale au démantèlement du rideau de fer. L’inauguration du canal Rhin-Main-Danube reliant la mer du Nord à la mer Noire, en 1992, a donné le coup d’envoi au tourisme de croisière. Peu à peu, les bourlingueurs ont découvert une ville inscrite à la Liste du patrimoine mondial del’Unesco, qui a bien plus à offrir que des vestiges architecturaux retapés et de beaux paysages.

 

 Pas cher, ma chère !

 

 

 

Ces 10 dernières années, les Européens de l’Ouest ont fait de Budapest leur destination chouchou. Et pour cause : les vols intérieurs sont vraiment bon marché – le trajet Bruxelles-Budapest, par exemple, est offert à partir de 45 $. De ce côté-ci de l’Atlantique, Air Transatoffre depuis l’été dernier des vols directs de Montréal et de Toronto.

Le coût de la vie y est peu élevé et on paie en forints – même si la Hongrie est entrée dans l’Union européenne en 2004. Pour nous, le taux de change est avantageux (1 $ CA = 205 Ft). Ainsi, on peut se régaler d’une assiette de poulet paprika, un classique, pour moins de 10 $ dans un pub branché.

Les Budapestois jugent pourtant ce repas inabordable. Car les salaires sont bas et les ménages croulent sous les dettes – l’­ancien gouvernement avait autorisé des prêts en devises étrangères, dont les mensualités ont explosé avec la crise ­financière.

 

 

2. Royalement belle

Budapest compte 23 arrondissements et deux millions d’habitants, qui ont la chance de vivre dans un décor éblouissant. Comme la Seine à Paris, le Danube traverse la ville et la scinde en deux : Buda et Pest.

La colline verdoyante de Buda abrite le quartier médiéval du Château royal. Ravagé à maintes reprises par les bombardements et chaque fois reconstruit, ce géant de pierre a perdu un peu de sa prestance. Il renferme maintenant le Musée d’histoire de Budapest et laGalerie nationale hongroise. À quelques minutes de là, le Bastion des pêcheurs pourrait très bien passer pour un palais avec ses sept tourelles et ses arches ouvragées. De larges escaliers mènent à un café-mirador – c’est le moment de sortir l’appareil photo ! Tout près, l’église Mathias, aux mille et un détails décoratifs. C’est là que l’empereur autrichien François-Joseph et son épouse, Sissi, ont été couronnés roi et reine.

En redescendant du Château, on arrive au Castle Garden Bazaar. Longtemps laissés à l’abandon, ces édifices et jardins viennent tout juste d’être convertis en haut lieu de divertissement avec boutiques, restos et centre d’exposition. Parfait pour une petite pause avant de franchir le pont des Chaînes, le premier à avoir relié les deux rives, autrefois rivales.

La plaine de Pest offre une tout autre atmosphère. L’architecture est un joyeux mélange d’Art nouveau truffé de fioritures orientales – un courant architectural appelé « Sécession hongroise » –, de Bauhaus et d’Art déco. Centre admi­nistratif et culturel de la capitale, Pest regroupe le parlement, un opéra, un con­ser­vatoire, des théâtres. De vastes avenues plantées de boutiques chics rappellent les Champs-Élysées. Hors des zones touristiques, le décor change. Des bars underground (les ruin pubs) poussent ici et là dans les immeubles désaffectés. Une faune jeune et branchée s’y retrouve avant les sparties, ces soirées électros où l’on danse en maillot dans les bains thermaux jusqu’au bout de la nuit !

 

 


 

 

3. Sur des airs musicaux

« Sans musique, pas de vie ! » a écrit le compositeur d’opéra András Batta, recteur del’Académie Franz-Liszt. C’est dire à quel point cet art fait partie de l’ADN des Hongrois. « On n’attend pas d’avoir les cheveux blancs pour aller au concert ou à l’opéra, lance la guide Eva Takats. Ici, la musique s’apprend, s’écoute et se donne en spectacle pour des publics de tous âges. »

Considérée comme la plus importante école de musique au pays, l’Académie est un endroit magique pour assister à un concert classique pour pas cher, sans réservation. L’un de ses quatre bâtiments, appelé Vieille Académie (rue Vörösmarty, à Pest), comporte une salle feutrée où se produisent de jeunes virtuoses toute la journée. Au premier étage, l’appartement où logeait jadis le maître Franz Liszt a été reconstitué.

Le même principe d’accessibilité s’applique à toutes les institutions artistiques de la capitale, par exemple à l’Opéra national de Hongrie et au Palais des arts de Budapest. À visiter, pour le plaisir des yeux et des oreilles !

 


 

 

4. Riche histoire

Magyars, Mongols, Turcs, Autrichiens… Pendant plus de 1 000 ans, le royaume de la Hongrie a été tour à tour sous le joug de différents occupants. Et comme si ce n’était pas assez, après avoir acquis son indépendance au lendemain de la Première Guerre mondiale, la république de la Hongrie est amputée des deux tiers de son territoire et de plus de la moitié de sa population en vertu du traité de Trianon. Traumatisée par cette immense perte et espérant récupérer les terres perdues, elle se rapproche de l’Allemagne d’Hitler pendant la Seconde Guerre. Paradoxalement, les nazis l’occupent en mars 1944 et envoient des milliers de juifs dans les camps de concentration. Un an plus tard, l’Armée rouge « libère » le pays et y impose le régime communiste. Eva Takats me raconte que son père a alors été fait prisonnier par les Russes. Lui et plus de 800 000 autres personnes ont été déportés dans les goulags, ces camps de travail forcé de l’ancienne Union soviétique. « Des centaines de milliers d’hommes, femmes et enfants n’en sont jamais revenus, morts dans des conditions atroces. Mon père a eu la chance de s’en tirer. » À la fin de la guerre, plus de la moitié de la ville est détruite. Fiers, les Hongrois puisent à même leurs économies pour la relever au plus vite.

Les souvenirs de ces funestes années restent gravés dans la pierre et donnent lieu à toutes sortes d’interprétations de l’histoire. Ainsi, place de la Liberté, le « Mémorial de l’occupation allemande » soulève l’ire d’une partie de la population, convaincue que les Allemands ne sont pas les uniques responsables de la mort de centaines de milliers de citoyens. « L’État mais aussi des civils hongrois ont activement participé à la déportation et à l’­exécution de 450 000 juifs, d’environ 15 000 Tsiganes et de milliers d’homosexuels hongrois », peut-on lire sur une affiche manuscrite.

 


 

 

5. Une effervescence… sous terre

À force de se promener le nez en l’air pour ne rien manquer, on oublie qu’il existe aussi une vie souterraine à Budapest ! C’est que le sous-sol de la ville est troué comme un gruyère à cause du sol calcaire, dans lequel l’eau a creusé des cavités : grottes aux corridors tortueux, sources thermales – dont les eaux chaudes riches en minéraux alimentent les 12 piscines et bains thermaux de la capitale –, labyrinthe sous le Château royal et chapelle troglodytique aménagée dans la roche de la colline Gellért…

 

 

 

 

6. Cité gourmande

 

À Budapest, on mange et boit comme des rois et des reines ! Les plats, copieux, sont d’influences turque, italienne, autrichienne, russe… Ils sont surtout composés de viandes, de volailles, de pommes de terre, de chou (le fameux goulash bœuf-tomates-patates). Et presque toujours assaisonnés de paprika, l’épice nationale. C’est savoureux, mais un peu lourd sur l’estomac !

Les vins sont de bonne qualité, issus essentiellement de quatre régions viticoles – Tokaj (blanc liquoreux ou sec) ; Eger (blanc sec et rouge corsé) ; Villány (rouge corsé et fruité) ; Balaton (surtout blanc doux). Particularité : les Hongrois aiment mettre de l’eau dans leur vin ! Ils ont même donné un nom à ce mélange de vin (blanc ou rosé) et de soda, qui se boit selon diverses proportions préétablies : le fröccs.

Rédigé par Régis Baillargeon

Publié dans #Voyage

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